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Le Soleil est pour toi – Jandy Nelson

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PRÉSENTATION

  • Genre : roman jeunesse
  • Langue originale : anglais américain
  • Titre original : « I’ll give you the sun »
  • Date de parution : 2014

RÉSUMÉ

« Noah et Jude sont plus que des frère et soeur, ils sont jumeaux, fusionnels. Sous le ciel bleu de Californie, Noah, le solitaire, dessine constamment et tombe amoureux de Brian, le garçon magnétique qui habite à côté. Tandis que Jude, l’exubérante, la casse-cou, est passionnée par la sculpture. Mais aujourd’hui, ils ont seize ans et ne se parlent plus. Un événement dramatique les a anéantis et leurs chemins se sont séparés. Jusqu’à ce que Jude rencontre un beau garçon, écorché et insaisissable, ainsi que son mentor, un célèbre sculpteur… Chacun des deux jumeaux doit retrouver la moitié de vérité qui lui manque. »


FICHE

J’aime la littérature jeunesse et la littérature pour adolescents. Ce sont souvent des romans importants, prenant pour prétexte une histoire pour véhiculer un ou plusieurs message(s), pour rappeler aux lectrices et aux lecteurs que ce qu’ielles sont en train de vivre est normal, qu’ielles ne sont pas seul.e.s, et qu’ielles vont s’en sortir. Et c’est important, à un âge où l’on est souvent perturbé.e par ce monde qui semble tourner beaucoup trop vite, sans que l’on se sente capable d’adapter son rythme.

Ce livre à double voix m’a fait suivre alternativement le Noah de 13 ans et la Jude de 16 ans, deux jumeaux qui se sont brusquement éloignés après que certains événements aient fait s’effondrer leur famille. Petit à petit, j’ai pu suivre leur passage de la pré-adolescence à l’adolescence, avec les pertes, les trahisons, les mensonges, les coups de cœur et parfois également la violence de leurs sentiments et de leurs réactions. Ce sont deux personnages un peu fissurés, un peu cabossés par la vie, qui se sont perdus en chemin mais ne désespèrent pas pour autant de respirer à nouveau ensemble.

Ici, les morts ont tout autant leur place que les vivants. Les personnages se croisent et se recroisent sans cesse, entrent en scène et s’en vont pour revenir de manière plus brûlante à mesure que l’histoire se déroule, et on ne s’en lasse pas. Jusqu’aux grandes révélations finales qui rendront tout plus clair aux yeux de chacun des protagonistes.

Les thèmes de création et de destruction sont omniprésents, et soulignent à quel point l’Art peut parfois sauver celles et ceux qui se croyaient définitivement perdus. Même quand le monde s’effondre, on trouve parfois la force de renaître de ses cendres et de briller encore plus fort.

 


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

« Le monde est une chaussure de la mauvaise pointure. Comment est-ce supportable pour qui que ce soit ? »

« Mais peut-être que chacun de nous contient plusieurs personnes, en réalité. Comme des strates supplémentaires qu’on se rajoute en permanence. Et qu’on intègre en soi chaque fois qu’on fait des choix, bons ou mauvais, qu’on rate quelque chose, qu’on progresse, qu’on perd la tête, qu’on retrouve ses esprits, qu’on se sépare, qu’on tombe amoureux, qu’on fait son deuil, qu’on grandit, qu’on se retire du monde, qu’on se jette dedans à corps perdu, qu’on fait des choses et qu’on en détruit. »


ÉVALUATION : 16/20

J’ai aimé ce livre avec une grande force. C’est le genre d’œuvres qu’on souhaiterait pouvoir lire d’une traite mais que l’on doit poser à regret pour le reprendre le lendemain parce qu’étrangement, la vie continue en dehors de notre lecture. Il m’aurait été difficile de na pas me retrouver dans un texte qui relate avec tant de justesse certaines choses auxquelles je m’identifie. L’émotion explose au fil des pages, sans jamais pour autant tomber dans le larmoyant. Les relations compliquées entre les deux jumeaux permettent aussi de comprendre que la famille n’est pas toujours le refuge bienveillant qu’on voudrait qu’elle soit, mais qu’elle finit toujours par se reconstituer, même s’il faut pour cela attendre que chacun fasse un pas vers l’autre. Cette histoire, c’est l’histoire universelle de la trahison, du pardon, mais surtout de la renaissance.

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L’ombre du vent – Carlos Ruiz Zafón

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PRÉSENTATION

  • Genre : roman d’initiation
  • Langue originale : espagnole
  • Date de parution : 2001

RÉSUMÉ

« Dans la Barcelone de l’après-guerre civile, « ville des prodiges » marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y « adopter » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets enterrés dans l’âme de la ville : L’Ombre du Vent. »


FICHE

Il est difficile de décrire l’indescriptible. C’est pourtant à cet exercice compliqué que je dois m’essayer pour parler de ce roman. Ce livre, c’est l’histoire de Daniel, mais aussi celle des autres. Les nombreux personnages, souvent hauts en couleurs, ne sont pas que des prétextes à la quête du narrateur. Ils sont des éléments essentiels du récit, et tous occupent une place au premier rang.

Tout commence à partir d’un livre, « L’ombre du vent ». Un roman qui marquera suffisamment notre jeune Daniel pour qu’il se mette en tête de lire d’autres œuvres de Julián Carax, voire de le retrouver. Une trame pouvant paraître banale, mais que l’auteur réussit à faire vivre de mille manières.

Le lecteur vogue dans ce roman comme un navigateur sur une mer déchaînée. Pas un instant de répit, l’action s’enchaîne et les rebondissements se suivent (et ne se ressemblent pas). Le danger guette à chaque coin de rue. Mais heureusement pour Daniel, il n’est pas seul dans cette aventure aussi palpitante que dangereuse. Il peut compter sur l’aide de son formidable ami Fermín Romero de Torres, aussi grand philosophe qu’il est coureur de jupons ; ainsi que sur le soutien et l’amour profond que lui porte son père.

Ainsi, ce roman est une toile de maître, mêlant les thèmes classiques de l’amour et de l’amitié avec brio. C’est une quête dans une Barcelone que l’on découvre avec autant de plaisir que d’appréhension, car la ville aussi a ses secrets. Les petites trahisons se mêlent aux discussions à coeur ouvert, et c’est savoureux.

On en vient à regretter qu’il n’y ait que cinq cent pages.


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

« Le destin attend toujours au coin de la rue. Comme un voyou, une pute ou un vendeur de loterie : ses trois incarnations favorites. Mais il ne vient pas vous démarcher à domicile. Il faut aller à sa rencontre. »

« Sept jours, c’était assez pour mourir ».


ÉVALUATION : 18/20

C’est une de mes amies qui m’a prêté ce roman, après m’en avoir parlé à plusieurs reprises. J’étais curieuse, étant donné que j’attends toujours beaucoup des œuvres qu’on me recommande personnellement, avec néanmoins un peu de méfiance. J’aurais effectivement dû me méfier, car je ne m’attendais pas à une aussi belle surprise. On passe du rire aux larmes, de l’apaisement à la course effrénée contre la montre. Et surtout, on en sort grandi. Ce roman ne se lit pas, il se vit. On se fond dans Barcelone et on devient un protagoniste essentiel dans la quête de Daniel, persuadé de pouvoir l’aider à démêler les fils de l’intrigue. Et si c’est épuisée par tant d’émotions que j’ai refermé ce livre, le rythme du livre semble quant à lui ne semble jamais s’essouffler.

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Snuff – Chuck Palahniuk

snuff

PRÉSENTATION

  • Genre : roman satirique
  • Langue originale : anglais américain
  • Date de parution : 2008

RÉSUMÉ

« Cassie Wright, star du porno sur le retour, a décidé de terminer sa carrière sur un coup d’éclat : se faire prendre devant les caméras par six cents hommes au cours d’une seule nuit. Dans les coulisses, les heureux élus attendent patiemment leur tour. Parmi eux les numéros 72, 137 et 600 font part de leurs impressions. Mais, entre fausses identités, désirs de vengeance et pulsions homicides, la nuit ne va pas du tout se dérouler comme prévu. »


FICHE

Tout dans ce roman est malsain. L’auteur joue sur les détails scabreux, qu’il peaufine jusqu’à l’étouffement. L’oeuvre transpire l’obscénité par tous les pores. Mais peut-être le lecteur ne vaut-il pas mieux que ces personnages qu’il méprise, ou pour lesquels – au mieux – il ne ressent que pitié ou condescendance. Ne mourrons-nous pas tous d’envie d’entrer dans la salle de tournage et de constater de nos propres yeux l’état dans lequel est laissé la malheureuse ? Le doute est lentement instillé, et nous poursuivons avidement notre lecture afin de savoir si elle finira par mourir de ce déferlement d’hommes dans son intimité. Six cent individus misérables, tentés par la gloire et persuadés qu’ils écrivent l’histoire.

Tout est instrumentalisé. On en oublierait presque l’humanité de ces personnages que nous nous complaisons à dégrader. Elle semble leur être niée, dans cette salle d’attente où ils ne sont rien d’autre que des numéros, des animaux en quête de quelques minutes de plaisir. Le chiffre de chacun est écrit à l’encre indélébile sur le bras, comme on tatouerait des bestiaux ou les prisonniers des camps de la mort pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce dernier amalgame peut paraître malheureux, mais semble d’autant plus adapté quand on sait que les candidats sont parqués dans une salle d’attente avec pour seul vêtement un caleçon.

Dans la salle d’attente sont diffusés en boucle des extraits des films X, comme pour montrer aux candidats ce qui les attend. Une sorte d’avertissement leur imposant d’être à la hauteur. Pour renforcer ce sentiment de performance, d’exploit sexuel à accomplir, l’assistante personnelle de Cassie, Sheila, déambule entre les candidats pour leur vendre les petites pilules bleues, une pilule magique pour dix dollars. Le lecteur, quant à lui, n’aura besoin d’aucun stimulant pour se jeter corps et âme dans cette lecture dérangeante.


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

Aujourd’hui, c’est sa dernière performance. Le contraire d’un voyage de noces. En haut de ces marches, pour tous ceux qui passeront après le cinquantième, Cassie Wright ressemblera à un cratère laissé par une bombe et nappé de vaseline. En chair et en os, mais comme si quelque chose avait explosé en elle. A nous voir, vous ne diriez jamais que nous entrons dans la légende. Le record définitif.


ÉVALUATION : 15/20

Chuck Palahniuk, qui est également l’auteur de « Fight Club », a selon moi réussi à peindre un portrait acide de l’univers pornographique et de ses nombreux adeptes. Son génie est d’avoir tourné de simples consommateurs de sexe à des acteurs glorifiés. Les frontières du bien et du mal sont floutées, jusqu’à ne plus avoir d’existence. Etant donné que Palahniuk doit sa réputation à son écriture non-conformiste et largement portée sur des thématiques transgressives, rien d’étonnant à ce que ce roman ne fasse pas dans la dentelle. Le message est bien passé, mon malaise a duré quelques jours après que je referme ce livre. Ne cherchez pas à y voir une critique du business du commerce sexuel, elle est inexistante. Cela dit, cette oeuvre ne perd rien de son intérêt littéraire, malgré une écriture simplifiée au maximum et des personnages dont l’histoire est fort peu développée. L’auteur se montre condescendant, ce qui est tout à tour agaçant et compréhensible. A déconseiller aux âmes sensibles.

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Je m’appelle America – E.R Frank

AMERICA

PRÉSENTATION

  • Genre : roman réaliste
  • Langue originale : anglais américain
  • Date de parution : 2002

RÉSUMÉ

« America a quinze ans et il a essayé de se tuer. Aujourd’hui, il refuse de répondre aux questions du docteur B. Il veut qu’on le laisse oublier. Pourtant, au fil des séances, à force de patience et d’écoute, le docteur B. parvient à établir une relation avec ce garçon au terrible passé. America égrène alors ses souvenirs. Il se rappelle sa petite enfance heureuse auprès de Mme Harper, qui espérait l’adopter. Son terrible retour chez sa mère biologique, toxicomane. Son apprentissage de la violence, pour survivre. Sa fugue, ses foyers d’accueil successifs… jusqu’à vouloir tout abandonner. Un roman juste, sans concession, qui raconte la lente reconstruction – presque une résurrection – d’un garçon qui a le courage de se replonger dans les méandres de son passé. »


FICHE

Je ne pouvais décemment pas décider d’écrire des chroniques littéraires sans évoquer l’un des six livres que j’emporterais sur une île déserte. Je pense avoir lu ce roman tellement souvent que je suis moi-même (un peu) devenue America.

Mais qui est vraiment cet adolescent ? Lui-même le sait-il vraiment ? Le lecteur apprendra petit à petit que notre héros a une couleur de peau indéfinie. Comme pour englober l’humanité toute entière en un seul être. Au début du roman, il est dans un hôpital pour tentative de suicide.

L’originalité de cette oeuvre tient principalement en ce que les chapitres alternent entre « avant » et « maintenant ». Les voyages successifs dans le temps nous permettent de mieux appréhender la vie d’America, mais surtout les personnes et les événements qui l’ont amené dans cet hôpital. Car malgré ses séances de thérapie, ses pensées chaotiques et son refus de se remémorer et/ou d’évoquer certains traumatismes risquent à tout moment de le faire basculer à nouveau.

Même si ce roman a été publié chez Bayard Jeunesse, la quatrième de couverture précise qu’il convient aux lecteurs avertis, dès lors qu’il « comporte des scènes susceptibles de heurter la sensibilité de trop jeunes lecteurs ». Effectivement, certains passages sont parfois extrêmement crus, même si c’est l’atmosphère toute entière qui est pesante et empreinte de souffrance. Sans être insoutenables, les thématiques abordées sont assez lourdes.

America est un adolescent fascinant, que l’on voit vieillir au fur et à mesure, tandis qu’il essaye de tisser des liens avec le docteur B. sans pour autant se mettre en position de vulnérabilité. Car America a beau avoir vu et fait des choses terribles, il n’en reste pas moins un être en voie de guérison, à la fois prêt à déployer ses ailes et réticent à s’ouvrir sur son histoire.

Ce roman est d’une justesse incroyable, et le fait que l’auteure ait elle-même travaillé dans le milieu du social n’y est sans doute pas étranger.


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

« Je suis mort de trouille. J’ai peur de dormir à cause des rêves et j’ai peur d’être réveillé à cause de tous ces souvenirs qui s’infiltrent. Je n’arrive pas à les repousser comme avant. J’ai peur de ne plus jamais pouvoir monter là-haut, sur l’Everest. Ou j’ai peur d’y arriver et de ne pas savoir redescendre. J’ai peur du docteur B. parce qu’il me voit. Il sait des choses. J’ai peur de rester coincé ici pour toujours et j’ai peur d’en partir. Je suis une vraie gonzesse et je crève de trouille. »

« America est un garçon qui se perd facilement, et il ne mérite pas qu’on se donne du mal pour le retrouver.


ÉVALUATION : 17/20

Il ne m’est pas vraiment difficile d’expliquer pour quelles raisons « Je m’appelle America » figure dans mon top six. C’est un roman réaliste, un roman d’apprentissage, un journal intime, un voyage vers le passé, et tellement d’autres choses encore. America, ce grand garçon un peu perdu, représente chaque individu en quête de reconstruction, chaque personne devant se replonger dans un passé douloureux contre son gré. Il y est majoritairement question d’espoir, porté par un personnage extrêmement attachant malgré sa rudesse apparente. Il suffit simplement de creuser un peu. Il ne s’agit pas d’une oeuvre psychologique, mais bien de l’histoire particulière d’America, qui se fait un malin plaisir à nous laisser sur le fil du rasoir.

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Confessions d’un gang de filles – Joyce Carol Oates

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PRÉSENTATION

  • Genre : roman d’initiation
  • Langue originale : anglais américain
  • Date de parution : 1993

RÉSUMÉ

« Un quartier populaire d’une petite ville ouvrière de l’État de New York dans les années 1950. Cinq lycéennes – Maddy, la narratrice, Goldie, Lana, Rita et Legs –, pour survivre et se venger des humiliations qu’elles ont subies, concluent un pacte, à la vie, à la mort : elles seront le gang Foxfire. La haine, surtout celle des hommes, va les entraîner dans une impitoyable équipée sauvage. »


FICHE

Une fois n’est pas coutume, j’ai vu l’adaptation cinématographique de Laurent Cantet avant de me plonger avec délectation dans ce roman. Je connaissais déjà l’auteure, pour avoir lu « Sexy » ainsi que « Petite soeur, mon amour ». C’est donc sans crainte que j’ai commencé ma lecture.

Dans « Confessions d’un gang de filles », la place accordée aux hommes est extrêmement minime. Et quand ils sont évoqués, ce n’est que pour souligner leur lâcheté, mais aussi leur impuissance face à nos héroïnes. L’histoire commence par la rencontre de cinq lycéennes aux caractères différents, mais toutes animées d’un puissant désir de vengeance face à la gente masculine. C’est alors qu’elles décident de former un gang, Foxfire. Prêtant serment de servir à jamais leur cause, jurant de mourir les unes pour les autres, et de s’aimer jusqu’à la mort, elles gravent le symbole de leur attachement sur leur peau nue.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, Foxfire n’est pas là pour s’amuser. Il ne s’agit pas de savourer du thé ou de tricoter au coin du feu. Foxfire est une flamme dont l’unique destinée est de tout annihiler sur son passage.

Menées par la longiligne Legs, beauté farouche, ces jeunes femmes vont grandir, toujours poussées en avant par ce désir de brûler. L’innocente vendetta du départ laissera bientôt place à une haine destructrice qui les mènera bien plus loin qu’elles ne l’auraient souhaité. Bien des individus tenteront vainement de les arrêter, avant qu’il ne soit trop tard. Mais Legs refuse d’abandonner, du moins tant qu’elles n’auront pas mis au point leur coup de maître final. Dernière aventure qui laissera nos héroïnes glisser dans une spirale de haine et d’abnégation de soi. Mais peut-on véritablement vivre selon ses propres lois lorsque le monde entier semble invalider votre combat ?

Ce roman est à la fois celui de l’apprentissage et de la rébellion contre un système dysfonctionnel, dans lequel les femmes sont perçues comme des êtres faibles ayant pour unique but de servir leurs supérieurs masculins.


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

Quoique vous fassiez, que vous le fassiez seule ou non, à quelque moment que vous le fassiez, de quelque façon que vous le fassiez, pour quelque raison que vous le fassiez, quelque mystérieux soit le but dans lequel vous le fassiez, n’oubliez jamais que sur l’autre plateau de la balance il y a toujours le néant, la mort, l’oubli. Que c’est vous contre l’oubli.


ÉVALUATION : 18/20

A la fois tendre et violent, ce roman cru a été une véritable claque. Abordant tour à tour les thèmes de l’adolescence, du parent absent, du racisme, et de la lutte contre le capitalisme, il se veut le témoignage de voix trop longtemps étouffées. Passant sans transition de l’entraide féminine à la révolte sous toutes ses formes, la rage de Legs se montre très vite contagieuse. Exaltées, prêtes à tout pour s’affirmer, les jeunes femmes ne reculeront devant rien. Et malgré leur obstination aveugle, leur courage ne peut que les rendre fascinantes. D’ailleurs, la recherche de liberté n’est-elle toujours pas d’actualité en chacun d’entre nous ?

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1984 – George Orwell

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PRÉSENTATION

  • Genre : roman dystopique
  • Langue originale : anglais britannique
  • Date de parution : 8 juin 1949

RÉSUMÉ

« De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée. »


FICHE

Premier article, premier classique. « 1984 » est un classique, dans le genre des dystopies. Mais ce serait une erreur de réduire cette oeuvre à ce terme. Au fil des pages, nous suivons le parcours de Winston, londonien ayant presque atteint la quarantaine. Dans une société où tout est surveillé en permanence par des télé-écrans, il s’aperçoit rapidement que ses pensées ne sont pas aussi orthodoxes qu’elles ne devraient l’être. Or, vous imaginez sans peine que dans un tel monde, le « crime par la pensée » est puni tout aussi sévèrement que le crime par l’action. C’est pourquoi notre héros quelque peu atypique va décider de changer les choses et de rejoindre la « Fraternité », sorte d’association mystérieuse qui rassemblerait tous les dissidents du Parti. Mais la Police de la Pensée veille au grain, et n’a pour unique but que de remettre les rebelles dans le droit chemin, au besoin en les caressant d’une balle dans la nuque.

Cette oeuvre ne se résume pas. Elle est bien trop complexe, bien trop travaillée sur tous les plans. La structure du Parti, la réorganisation du monde en trois continents, la classification des individus en trois castes.. Tout est pensé de manière extrêmement mathématique. D’ailleurs, si le Parti proclame que 2 + 2 = 5, alors 2 + 2 = 5. Aucune discussion n’est possible.

Les thèmes récurrents sont ceux de la surveillance constante, mais aussi de l’amnésie sélective et du « lavage de cerveau ». Tout n’est qu’hypocrisie et mensonge, mais ces manœuvres sont acceptées par le peuple, habitué à cette gymnastique mentale qui consiste simultanément à reconnaître le mensonge tout en l’acceptant comme vérité. Car évidemment, le Parti ne saurait mentir. Ce Parti est représenté par de grandes affiches placardées un peu partout, sur lesquelles figurent l’inquiétant visage de Big Brother, homme moustachu dont le regard semble vous suivre où que vous alliez. D’autres stratagèmes, telles que l’appauvrissement progressif de la langue ou le remaniement permanent du passé contribuent à garder les « prolétaires » dans un état d’abrutissement et d’obéissance.


CITATION(S) APPRÉCIÉE(S)

« Devant la douleur, il n’y a pas de héros, aucun héros. »

« Peut-être ne désirait-on pas tellement être aimé qu’être compris »


ÉVALUATION : 17/20

Ce roman est d’une intelligence remarquable. Tout en partageant avec nous la cruauté et la manipulation qui sont de mise dans la société londonienne qui nous est décrite, Winston semble à la fois accablé par le système dans lequel il vit, et plein d’espoir quant à un éventuel renversement du Parti. Ses craintes, ses doutes, sa lâcheté parfois, tout nous démontre qu’il est un homme. Et c’est sûrement cela qui nous aide à adhérer à sa cause et à souhaiter la mort de Big Brother.